Et me
suis dit que, pour débuter sur des bases saines, il serait bon de consulter le Petit Robert. Qui nous dit : Futile [fytill]. Adj. (XIVe ; lat. futilis).
1° Qui est dépourvu de sérieux, qui ne mérite pas qu’on s’y arrête.
2° (Personnes). Qui ne se préoccupe que de choses sans importance.
Ma thèse, aujourd’hui, consiste à défendre la futilité qui, si elle n’est certes pas une vertu cardinale, peut être, dans une certaine forme, une marque d’humilité, de politesse, et aussi un
remède contre le désenchantement qui guette celui ou celle qui cherche un sens dans l’univers chaotique qui nous entoure. Cependant, je vais devoir reformuler la définition de la
futilité dont je vais faire l’éloge, afin de rendre mon propos un tant soit peu recevable. Concernant les choses, je rédigerais ainsi : « Qui n'est pas excessivement sérieux, qui mérite
toutefois qu’on s’y arrête par moments ». Quant aux personnes, je préfèrerais cela : « Qui sait, de temps à autre, s’éloigner des choses graves ».
Tout d’abord, évoquer le futile, c’est admettre qu’il existe parmi les choses, premièrement, l’essentiel. Sans essentiel, pas de futile. Et ensuite, vient le
futile (qu’on pourrait également dénommer « accessoire »). On établit ainsi un ordonnancement indispensable pour la survie : sans pizza surgelée, je meurs (de faim), sans livre, je peux
survivre (mais je m’emmerde dans le métro). Notre vie quotidienne se déroule ainsi dans cet enchainement de tâches essentielles et de tâches de moindre importance. Les premières devant être
accomplies coûte-que-coûte ; les autres, quand on a le temps. Et la condition sine qua non de mon propos est d'être toujours en mesure d'échelonner les valeurs.
Maintenant, une fois opérée cette distinction, il nous reste à découvrir ce qui en relie les deux termes. Y voir une opposition relève du même jugement désespérément dualiste que celui qui place
dans un strict face-à-face nature/culture, yin/yang, ping/pong… J’ai toujours une grande réticence à concevoir l’univers comme un terrain de
football, séparé en deux. Les personnes binaires sont à peine plus évoluées que les êtres primaires. Aussi, il me semble clair que l’articulation essentiel/futile s’opère dans
la complémentarité. J’irai d’ailleurs plus loin, en prétendant que le futile entre dans l’essentiel. Comme deux cercles concentriques.
La futilité peut être, par moments, un trait d’humilité. Nous ne pouvons pas nous comporter constamment comme Socrate, questionnant sans arrêt (excepté pour avaler un verre d’ouzo, de
temps à autre). D’abord parce que nous ne sommes pas Socrate. Ensuite, parce que nos auditeurs ne sont pas Platon. C’est pour cela qu’on a inventé contrepèteries et blagues douteuses. Nos esprits
ne sont pas capables de planer tout le temps. Ils ont, en effet, régulièrement besoin de se poser (pour faire le plein de carburant notamment). Et la futilité est un moyen d’admettre cette
incapacité à demeurer au dessus des cimes.
La futilité peut être également un signe de politesse, d'attention, de pudeur. Savoir manier la futilité permet parfois de s’éloigner des choses qui font souffrir. Il ne s’agit, bien sûr, pas de
s’aveugler ni de mentir, mais simplement de prendre quelque distance avec la gravité intrinsèque de l’existence. Au-delà de ses frasques et de son fume-cigarette, Holly Golightly épargne à ses
amis ses peines et organise des joyeuses fêtes qui les conduiront joyeusement au commissariat. Il y a un temps pour s’occuper des choses graves, et un temps pour les oublier.
En outre, le futile offre une autre appréhension de l’univers. On peut, comme certains, ne vivre qu’en recherchant l’indispensable (travailler plus pour gagner plus, faire les
courses le samedi au supermarché, ne lire que le programme télé ou le mode d’emploi du grille-pain). On perçoit, cependant, la dimension quasi-animale de ces activités : il ne s’agit que
d’auto-conservation et nullement d’un désir de gratuit, d’impalpable. Il existe une occupation qui horrifie ces personnes : perdre son temps. Savoir s’arrêter devant la vitrine
de Paul Smith ou traîner chez Old England. Contempler un tableau de Fragonard ou d’Elisabeth Vigée-Lebrun. Y passer le temps qu’on veut, et même davantage. Sortir du temps un
instant, ou l’éphémère rejoint l’éternel.
Car cet éphémère n’est pas moins important que le durable (d'ailleurs, puisque l'éternel est hors du temps, pourquoi l'éphémère en serait-il plus éloigné que
le durable ?). Je dois avouer que j’admire la profession de fleuriste. Qu’existe-t-il de moins utile (à part acheter des actions en Bourse pour les revendre le lendemain), en apparence ?
Et pourtant, quel métier permet autant de montrer à une personne aimée ce qu’elle représente à nos yeux ? Des fleurs ou un sourire : ces petits « riens » qui expriment ce qui, finalement, compte
le plus.
Enfin, cette capacité à s’arrêter devant le spectacle du monde qui nous entoure nous apprend à apprécier toutes ces choses, petites ou grandes, qui témoignent de la beauté foncière de l’univers
voulue, pour nous, par notre Créateur. Nous sommes sur une planète que les urbanistes et industriels n’ont pas encore totalement défigurée, malgré les efforts admirables qu’ils déploient depuis
des siècles. Il y a très longtemps, bien avant René Dumont et José Bové, Jésus le Nazaréen disait à ses disciples : « Considérez les lis […]. Or, je vous le dis, Salomon dans toute
sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux » (Luc XII, 27). Par ceci, il cherchait à convertir l’objectivité du regard en faculté d’émerveillement. Et nous sommes, aujourd'hui, à une
époque où les utopies désastreuses du siècle passé ont fait place (du moins chez les non-admirateurs de Staline, Hitler ou Che Guevara) à une amertume inquiète.
Par conséquent, nous pouvons admettre que le futile n’est pas anodin. Il est essentiel. Nous distinguons, dés lors, un essentiel biologique (porter un manteau fashion
pour se protéger du froid et des quolibets des copines, par exemple) et un essentiel émotionnel, spirituel, aussi appelé futile.
Je vous dois un merci, parce que ce que vous appelez "futilité", je n'avais, jusqu'à présent, pas réussi à le définir autrement que « capacité à sourire des petites choses », et c’est quand même fort long. Merci, donc ;)
Commentaire n°1
posté par
la dame du bac
le 26/03/2008 à 09h00
C'est peut-être long à lire, mais c'est juste une ébauche (pas bien construit, trop condensé ou superficiel par moments...).
Mais ce format ne me semble pas trop convenir au type de blog que je fais.
En gros, ce n'est pas quelque chose d'abouti.
Quelle jolie rosée du matin! Hum que ça sent délicieusement bon! Je suis éblouie de tant de futilité, de passion! J'aime beaucoup de que vous faites aujourd'hui Nicolas, ça fait du bien, hum!C'est fort comme certains grands hommes et la futilité de la grandeur est limite parfois inavouable car d'ordre subtile, un tout petit rien quoi!Merci pour ce trés beau texte.
Commentaire n°2
posté par
Sand
le 26/03/2008 à 11h06
Merci. Ce texte n'est quand même pas un chef-d'oeuvre. Mais juste la mise par écrit d'une des théories que j'ai dans le crâne. Ce n'est qu'une ébauche.
Qui demeurera, sans doute, en cet état.
Futile à la vie, à la mort ;)
En tout cas, bravo pour ce cours presque philosophique.
Commentaire n°3
posté par
BritBrit
le 26/03/2008 à 18h01
Merci pour le "presque". Je tâcherai de faire mieux une prochaine fois.
Ton récit à toi est franchement pas philosophique mais il est franchement rock & roll.
wa, c'est prise de tête ton texte. J'ai décroché par moment (désolée), mais c'est bien ecrit (je crois)
Commentaire n°4
posté par
la reine
le 26/03/2008 à 18h14
Comment tu "crois" que c'est bien écrit ? Tu peux trouver que c'est bien écrit ou non (d'ailleurs c'est moyennement bien écrit, entre nous). Mais "croire"...
Là, c'est moi qui décroche.
Mais c'est pas grave.
Je pense pas que ce texte soit si hermétique. C'est même plutôt simple.
"le superflu, chose très nécessaire"
Il faut un équilibre à toute chose...
Personnellement je suis très futile: je ne supporte pas de sortir sans boucles d'oreilles.
Et je n'achète mes macarons que chez Ladurée.
Voilà.
Commentaire n°5
posté par
Spike
le 26/03/2008 à 18h43
Et moi, je n'achète mes BN que chez BN.
On sera d'accord sur la distance à entretenir avec le futile. Au risque, sinon, de devenir superficiel. Et si les gens graves (y'a des bloggeurs comme ça) sont fatigants, les gens superficiels (y'a
des bloggeuses comme ça) sont creux et inintéressants.
Je cherche un terme adéquat....
Pas facile car c'est au risque d'abuser d'éloges.
Bref, j'ai plus qu'aimé ce texte. Il a vraiment trouvé écho en moi. Le fleuriste... j'y pensais justement il y a peu de temps.
Bref, je suis futile oui, très.
Et souvent grave, même trop.
Commentaire n°7
posté par
milla
le 27/03/2008 à 03h37
Tu as la futilité qui accompagne une âme profonde et sensible. Et en même temps, joyeuse.
Savoir apprécier la futilité (en le reconnaissant) est un signe de simplicité.
Voilà.
Et merci.
Auriez-vous une vision hégélienne de la futilité ? La futilité ne serait-elle pas plutôt existentielle ? Ma futilité me rappelle bien souvent que je suis trop sérieuse.
Commentaire n°8
posté par
anange
le 27/03/2008 à 11h30
Je ne suis pas un spécialiste de Hegel. Parfois du mal à comprendre (même en V.F.).
Mais je crois qu'il n'a pas dit que des conneries. J'apprécie, notamment, la manière dont il dépasse les dialectiques binaires.
Au-delà de ça, moi ce que j'en dis...
me dit pas que tu as mangé des BN à Paques ?!! Il parait qu'à Paques on doit jeuner "selon la tradition".
Moi j'ai pris deux kilos. Ué, suis très forte, et pô du tout pratiquante !
Commentaire n°10
posté par
la reine
le 27/03/2008 à 13h06
Jeûne n'est pas abstinence, pour commencer. Même pour le Vendredi Saint, les habitudes se sont assouplies.
Ensuite, le temps de l'austérité, "selon la Tradition de l'Eglise, c'est le Carême (les 40 jours qui précèdent Pâques). Pâques est le grande solennité. Et le temps de la joie. Les ornements sont
blancs (ou or).
Et on mange tout ce qu'on veut.
Ah ben oui, mais non.
Si tu commences à écrire ce genre de billet, je ne vais plus oser commenter.
Le futile, pudeur ? oui, sans doute. Comme l'humour. Il est pourtant plus difficile de parler de choses légères et de faire rire.
Restons donc futiles et essentiels !
Commentaire n°11
posté par
Dom
le 27/03/2008 à 13h22
Dom, si tu cesses de commenter, je serai déçu.
Tu te laisses pas impressionner par une moto : c'est pas ces quelques lignes qui vont te faire peur.
Donc, tu continues à laisser des commentaires amusants, OK ?
Un très bon post que je ne découvre que maintenant.
J'en retiens deux éléments pour lesquels je ne peux qu'aquiescer : le futile est dans une relation de complémentarité avec l'essentiel et l'émerveillement est la réponse à la blasitude vers laquelle on pencherait plus volontiers!
Commentaire n°13
posté par
grenadine
le 28/03/2008 à 17h23
Non seulement complémentaire, mais j'affirme même : faisant partie de l'essentiel. Car l'essentiel ne peut se réduire à l'animal. Les animaux eus-mêmes (les chats, par
exemple) savent par moments, céder au futile.
Aussi, nous devons être capables d'intégrer le futile dans notre existence. Mais en n'oubliant pas de le laisser à sa place.
j'aime bien ce texte aussi...
Incapable de répondre à ta question ! ;-)
Tu as raison, ils sont complémentaires, nécessaires ces deux versants... Heureusement que les deux sont présents dans nos vies ! ;-)
Commentaire n°14
posté par
kris
le 29/03/2008 à 00h10
C'est pas une heure pour commencer à lire mes oeuvres complètes !
Y'a qu'à en garder pour le jour où il y a rien à la télé.
Après, on va dire que j'empêche les gens de dormir !
Rock and roll façon Amy Winehouse ? Alors je prends ! Et toi tu seras mon Michel Onfray. OK ?
Commentaire n°16
posté par
BritBrit
le 29/03/2008 à 00h59
Marrant, ça : je viens de passer chez toi et j'ai vu les bannières (j'ai pas voté, donc j'y retourne avec ma carte d'électeur).
Ton récit (dont l'apogée se situe à 14h) est bien R&R. Enfin, je trouve.
Onfray ? Jamais lu, mais peu tenté, je t'avoue. Parce que t'aimes bien ce qu'il écrit ?
Bon et bien me revoilà, (désolée !) en plus je n’ai même pas regardé le programme TV !
Michel Onfray : j'ai beaucoup de plaisir à écouter ses conf de l'Université Populaire...
Tiens, du reste, je m’interroge : mais que lit Nicolas ?
Quelques conseils de lectures futiles ou au contraire... ? ;-)
Commentaire n°17
posté par
kris
le 29/03/2008 à 14h53
Il lit en littérature, en ce moment "Les croix de bois" de Dorgelès (récit très humain et très beau style). Sinon, il aime spécialement Céline (tout) et Léo Malet (la
série des Nouveaux Mystères de Paris, aventures très bien écrites, humour très fin, et ambiance parisienne des aannées 50-60). Il a aimé lire Bernanos.
Il lit aussi des livres d'histoire (surtout entre les années 30 et 60). Il s'intéresse pas mal à la peinture (reste de ses études). Il accroche pas trop à Gide, Malraux et Dostoievski.
En revanche, à propos de philosophie, il apprécie particulièrement Finkielkraut ("La défaite de la pensée", "L'humanité perdue", "L'ingratitude", etc.).
Pour les trucs spécialement futiles il lit le magazine "Monsieur".
Voilà : il lit plein de trucs !
Pour terminer sur un conseil, il vous orienterait sur Italo Calvino (le tryptique "Le baron perché", "Le vicomte pourfendu", "Le chevalier inexistant"). Ce sont des contes philosophiques écrits
moins lourdement que ceux de Voltaire.
Elle le remercie pour sa réponse.
Elle est tout à fait d'accord avec lui pour Italo Calvino qu'elle a eu beaucoup de plaisir à lire, elle n'en dira pas autant pour Céline...
Quant à Finkielkraut, elle n'a que "Le nouveau désordre amoureux" écrit avec Pascal Bruckner...
Sa liste de bouquins à lire s'allonge donc avec L. Malet, A. Finkielkraut et R. Dorgeles...
Elle va certainement faire l'impasse sur "Monsieur", étant une fiillllllllllle, ce serait peut-être "Madame" !
Commentaire n°18
posté par
kris
le 31/03/2008 à 11h05
On aime ou on n'aime pas Céline. Que ce soit pour son style, je peux l'admettre. Pour d'autres raisons, j'admets moins, mais bon.
QUand vous aurez fini tout ça, je pourrai vous conseiller d'autres titres, puisque je sais que vous êtes une grande lectrice.
Mais ce format ne me semble pas trop convenir au type de blog que je fais.
En gros, ce n'est pas quelque chose d'abouti.
Qui demeurera, sans doute, en cet état.
Ton récit à toi est franchement pas philosophique mais il est franchement rock & roll.
Là, c'est moi qui décroche.
Mais c'est pas grave.
Je pense pas que ce texte soit si hermétique. C'est même plutôt simple.
On sera d'accord sur la distance à entretenir avec le futile. Au risque, sinon, de devenir superficiel. Et si les gens graves (y'a des bloggeurs comme ça) sont fatigants, les gens superficiels (y'a des bloggeuses comme ça) sont creux et inintéressants.
Tu sais que j'ai plein de BN dans le placard !
Savoir apprécier la futilité (en le reconnaissant) est un signe de simplicité.
Voilà.
Et merci.
Mais je crois qu'il n'a pas dit que des conneries. J'apprécie, notamment, la manière dont il dépasse les dialectiques binaires.
Au-delà de ça, moi ce que j'en dis...
Ensuite, le temps de l'austérité, "selon la Tradition de l'Eglise, c'est le Carême (les 40 jours qui précèdent Pâques). Pâques est le grande solennité. Et le temps de la joie. Les ornements sont blancs (ou or).
Et on mange tout ce qu'on veut.
Tu te laisses pas impressionner par une moto : c'est pas ces quelques lignes qui vont te faire peur.
Donc, tu continues à laisser des commentaires amusants, OK ?
Tu n'es pas futile. Là-dessus, aucun doute.
Aussi, nous devons être capables d'intégrer le futile dans notre existence. Mais en n'oubliant pas de le laisser à sa place.
Y'a qu'à en garder pour le jour où il y a rien à la télé.
Après, on va dire que j'empêche les gens de dormir !
Mais à pas à des heures n'importe quoi !
Ton récit (dont l'apogée se situe à 14h) est bien R&R. Enfin, je trouve.
Onfray ? Jamais lu, mais peu tenté, je t'avoue. Parce que t'aimes bien ce qu'il écrit ?
Il lit aussi des livres d'histoire (surtout entre les années 30 et 60). Il s'intéresse pas mal à la peinture (reste de ses études). Il accroche pas trop à Gide, Malraux et Dostoievski.
En revanche, à propos de philosophie, il apprécie particulièrement Finkielkraut ("La défaite de la pensée", "L'humanité perdue", "L'ingratitude", etc.).
Pour les trucs spécialement futiles il lit le magazine "Monsieur".
Voilà : il lit plein de trucs !
Pour terminer sur un conseil, il vous orienterait sur Italo Calvino (le tryptique "Le baron perché", "Le vicomte pourfendu", "Le chevalier inexistant"). Ce sont des contes philosophiques écrits moins lourdement que ceux de Voltaire.
QUand vous aurez fini tout ça, je pourrai vous conseiller d'autres titres, puisque je sais que vous êtes une grande lectrice.