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Mercredi 26 mars 2008
J’ai bien réfléchi à tout cela.

lis-blog.jpg Et me suis dit que, pour débuter sur des bases saines, il serait bon de consulter le Petit Robert. Qui nous dit :
Futile [fytill]. Adj. (XIVe ; lat. futilis).
1° Qui est dépourvu de sérieux, qui ne mérite pas qu’on s’y arrête.
2° (Personnes). Qui ne se préoccupe que de choses sans importance.

Ma thèse, aujourd’hui, consiste à défendre la futilité qui, si elle n’est certes pas une vertu cardinale, peut être, dans une certaine forme, une marque d’humilité, de politesse, et aussi un remède contre le désenchantement qui guette celui ou celle qui cherche un sens dans l’univers chaotique qui nous entoure. Cependant, je vais devoir reformuler la définition de la futilité dont je vais faire l’éloge, afin de rendre mon propos un tant soit peu recevable. Concernant les choses, je rédigerais ainsi : « Qui n'est pas excessivement sérieux, qui mérite toutefois qu’on s’y arrête par moments ». Quant aux personnes, je préfèrerais cela : « Qui sait, de temps à autre, s’éloigner des choses graves ».

Tout d’abord, évoquer le futile, c’est admettre qu’il existe parmi les choses, premièrement, l’essentiel. Sans essentiel, pas de futile. Et ensuite, vient le futile (qu’on pourrait également dénommer « accessoire »). On établit ainsi un ordonnancement indispensable pour la survie : sans pizza surgelée, je meurs (de faim), sans livre, je peux survivre (mais je m’emmerde dans le métro). Notre vie quotidienne se déroule ainsi dans cet enchainement de tâches essentielles et de tâches de moindre importance. Les premières devant être accomplies coûte-que-coûte ; les autres, quand on a le temps. Et la condition sine qua non de mon propos est d'être toujours en mesure d'échelonner les valeurs.

Maintenant, une fois opérée cette distinction, il nous reste à découvrir ce qui en relie les deux termes. Y voir une opposition relève du même jugement désespérément dualiste que celui qui place dans un strict face-à-face nature/culture, yin/yang, ping/pong… J’ai toujours une grande réticence à concevoir l’univers comme un terrain de football, séparé en deux. Les personnes binaires sont à peine plus évoluées que les êtres primaires. Aussi, il me semble clair que l’articulation essentiel/futile s’opère dans la complémentarité. J’irai d’ailleurs plus loin, en prétendant que le futile entre dans l’essentiel. Comme deux cercles concentriques.

La futilité peut être, par moments, un trait d’humilité. Nous ne pouvons pas nous comporter constamment comme Socrate, questionnant sans arrêt (excepté pour avaler un verre d’ouzo, de temps à autre). D’abord parce que nous ne sommes pas Socrate. Ensuite, parce que nos auditeurs ne sont pas Platon. C’est pour cela qu’on a inventé contrepèteries et blagues douteuses. Nos esprits ne sont pas capables de planer tout le temps. Ils ont, en effet, régulièrement besoin de se poser (pour faire le plein de carburant notamment). Et la futilité est un moyen d’admettre cette incapacité à demeurer au dessus des cimes.

La futilité peut être également un signe de politesse, d'attention, de pudeur. Savoir manier la futilité permet parfois de s’éloigner des choses qui font souffrir. Il ne s’agit, bien sûr, pas de s’aveugler ni de mentir, mais simplement de prendre quelque distance avec la gravité intrinsèque de l’existence. Au-delà de ses frasques et de son fume-cigarette, Holly Golightly épargne à ses amis ses peines et organise des joyeuses fêtes qui les conduiront joyeusement au commissariat. Il y a un temps pour s’occuper des choses graves, et un temps pour les oublier.

En outre, le futile offre une autre appréhension de l’univers. On peut, comme certains, ne vivre qu’en recherchant l’indispensable (travailler plus pour gagner plus, faire les courses le samedi au supermarché, ne lire que le programme télé ou le mode d’emploi du grille-pain). On perçoit, cependant, la dimension quasi-animale de ces activités : il ne s’agit que d’auto-conservation et nullement d’un désir de gratuit, d’impalpable. Il existe une occupation qui horrifie ces personnes : perdre son temps. Savoir s’arrêter devant la vitrine de Paul Smith ou traîner chez Old England. Contempler un tableau de Fragonard ou d’Elisabeth Vigée-Lebrun. Y passer le temps qu’on veut, et même davantage. Sortir du temps un instant, ou l’éphémère rejoint l’éternel.

Car cet éphémère n’est pas moins important que le durable (d'ailleurs, puisque l'éternel est hors du temps, pourquoi l'éphémère en serait-il plus éloigné que le durable ?). Je dois avouer que j’admire la profession de fleuriste. Qu’existe-t-il de moins utile (à part acheter des actions en Bourse pour les revendre le lendemain), en apparence ? Et pourtant, quel métier permet autant de montrer à une personne aimée ce qu’elle représente à nos yeux ? Des fleurs ou un sourire : ces petits « riens » qui expriment ce qui, finalement, compte le plus.

Enfin, cette capacité à s’arrêter devant le spectacle du monde qui nous entoure nous apprend à apprécier toutes ces choses, petites ou grandes, qui témoignent de la beauté foncière de l’univers voulue, pour nous, par notre Créateur. Nous sommes sur une planète que les urbanistes et industriels n’ont pas encore totalement défigurée, malgré les efforts admirables qu’ils déploient depuis des siècles. Il y a très longtemps, bien avant René Dumont et José Bové, Jésus le Nazaréen disait à ses disciples : « Considérez les lis […]. Or, je vous le dis, Salomon dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux » (Luc XII, 27). Par ceci, il cherchait à convertir l’objectivité du regard en faculté d’émerveillement. Et nous sommes, aujourd'hui, à une époque où les utopies désastreuses du siècle passé ont fait place (du moins chez les non-admirateurs de Staline, Hitler ou Che Guevara) à une amertume inquiète.

Par conséquent, nous pouvons admettre que le futile n’est pas anodin. Il est essentiel. Nous distinguons, dés lors, un essentiel biologique (porter un manteau fashion pour se protéger du froid et des quolibets des copines, par exemple) et un essentiel émotionnel, spirituel, aussi appelé futile.

Vous êtes futiles, vous ?


… J’aime beaucoup ce que vous faites.
Par Nicolas
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Commentaires

Je vous dois un merci, parce que ce que vous appelez "futilité", je n'avais, jusqu'à présent, pas réussi à le définir autrement que « capacité à sourire des petites choses », et c’est quand même fort long. Merci, donc ;)
Commentaire n°1 posté par la dame du bac le 26/03/2008 à 09h00
C'est peut-être long à lire, mais c'est juste une ébauche (pas bien construit, trop condensé ou superficiel par moments...).
Mais ce format ne me semble pas trop convenir au type de blog que je fais.
En gros, ce n'est pas quelque chose d'abouti.
Réponse de Nicolas le 26/03/2008 à 14h01
Quelle jolie rosée du matin! Hum que ça sent délicieusement bon! Je suis éblouie de tant de futilité, de passion! J'aime beaucoup de que vous faites aujourd'hui Nicolas, ça fait du bien, hum!C'est fort comme certains grands hommes et la futilité de la grandeur est limite parfois inavouable car d'ordre subtile, un tout petit rien quoi!Merci pour ce trés beau texte.
Commentaire n°2 posté par Sand le 26/03/2008 à 11h06
Merci. Ce texte n'est quand même pas un chef-d'oeuvre. Mais juste la mise par écrit d'une des théories que j'ai dans le crâne. Ce n'est qu'une ébauche.
Qui demeurera, sans doute, en cet état.
Réponse de Nicolas le 26/03/2008 à 14h06
Futile à la vie, à la mort ;) En tout cas, bravo pour ce cours presque philosophique.
Commentaire n°3 posté par BritBrit le 26/03/2008 à 18h01
Merci pour le "presque". Je tâcherai de faire mieux une prochaine fois.
Ton récit à toi est franchement pas philosophique mais il est franchement rock & roll.
Réponse de Nicolas le 26/03/2008 à 19h06
wa, c'est prise de tête ton texte. J'ai décroché par moment (désolée), mais c'est bien ecrit (je crois)
Commentaire n°4 posté par la reine le 26/03/2008 à 18h14
Comment tu "crois" que c'est bien écrit ? Tu peux trouver que c'est bien écrit ou non (d'ailleurs c'est moyennement bien écrit, entre nous). Mais "croire"...
Là, c'est moi qui décroche.
Mais c'est pas grave.
Je pense pas que ce texte soit si hermétique. C'est même plutôt simple.
Réponse de Nicolas le 26/03/2008 à 19h15
"le superflu, chose très nécessaire" Il faut un équilibre à toute chose... Personnellement je suis très futile: je ne supporte pas de sortir sans boucles d'oreilles. Et je n'achète mes macarons que chez Ladurée. Voilà.
Commentaire n°5 posté par Spike le 26/03/2008 à 18h43
Et moi, je n'achète mes BN que chez BN.
On sera d'accord sur la distance à entretenir avec le futile. Au risque, sinon, de devenir superficiel. Et si les gens graves (y'a des bloggeurs comme ça) sont fatigants, les gens superficiels (y'a des bloggeuses comme ça) sont creux et inintéressants.
Réponse de Nicolas le 26/03/2008 à 19h20
Pour répondre à ta question, j'adore les BN, alors futile ou pas ? :-) Bravo pour ton texte.
Commentaire n°6 posté par suffragettes le 26/03/2008 à 22h45
T'es sympa.
Tu sais que j'ai plein de BN dans le placard !
Réponse de Nicolas le 26/03/2008 à 23h13
Je cherche un terme adéquat.... Pas facile car c'est au risque d'abuser d'éloges. Bref, j'ai plus qu'aimé ce texte. Il a vraiment trouvé écho en moi. Le fleuriste... j'y pensais justement il y a peu de temps. Bref, je suis futile oui, très. Et souvent grave, même trop.
Commentaire n°7 posté par milla le 27/03/2008 à 03h37
Tu as la futilité qui accompagne une âme profonde et sensible. Et en même temps, joyeuse.
Savoir apprécier la futilité (en le reconnaissant) est un signe de simplicité.
Voilà.
Et merci.
Réponse de Nicolas le 27/03/2008 à 03h50
Auriez-vous une vision hégélienne de la futilité ? La futilité ne serait-elle pas plutôt existentielle ? Ma futilité me rappelle bien souvent que je suis trop sérieuse.
Commentaire n°8 posté par anange le 27/03/2008 à 11h30
Je ne suis pas un spécialiste de Hegel. Parfois du mal à comprendre (même en V.F.).
Mais je crois qu'il n'a pas dit que des conneries. J'apprécie, notamment, la manière dont il dépasse les dialectiques binaires.
Au-delà de ça, moi ce que j'en dis...
Réponse de Nicolas le 27/03/2008 à 15h02
"Éloge du futile" : voilà qui ferait un beau titre d'essai, très rinaldo-camusien.
Commentaire n°9 posté par Didier Goux le 27/03/2008 à 11h57
S'il y a un domaine où j'ai très souvent brillé, c'était pour le titres et les intro de mes devoirs. Le reste...
Réponse de Nicolas le 27/03/2008 à 15h03
me dit pas que tu as mangé des BN à Paques ?!! Il parait qu'à Paques on doit jeuner "selon la tradition". Moi j'ai pris deux kilos. Ué, suis très forte, et pô du tout pratiquante !
Commentaire n°10 posté par la reine le 27/03/2008 à 13h06
Jeûne n'est pas abstinence, pour commencer. Même pour le Vendredi Saint, les habitudes se sont assouplies.
Ensuite, le temps de l'austérité, "selon la Tradition de l'Eglise, c'est le Carême (les 40 jours qui précèdent Pâques). Pâques est le grande solennité. Et le temps de la joie. Les ornements sont blancs (ou or).
Et on mange tout ce qu'on veut.
Réponse de Nicolas le 27/03/2008 à 15h09
Ah ben oui, mais non. Si tu commences à écrire ce genre de billet, je ne vais plus oser commenter. Le futile, pudeur ? oui, sans doute. Comme l'humour. Il est pourtant plus difficile de parler de choses légères et de faire rire. Restons donc futiles et essentiels !
Commentaire n°11 posté par Dom le 27/03/2008 à 13h22
Dom, si tu cesses de commenter, je serai déçu.
Tu te laisses pas impressionner par une moto : c'est pas ces quelques lignes qui vont te faire peur.
Donc, tu continues à laisser des commentaires amusants, OK ?
Réponse de Nicolas le 27/03/2008 à 15h12
Aujourd'hui, je me suis cassé un ongle. J'ai pleuré. Suis je futile?
Commentaire n°12 posté par Spike le 27/03/2008 à 19h01
Savoir céder au futile (par exemple : ne pas sortir sans boucles d'oreille) ne signifie pas être futile.
Tu n'es pas futile. Là-dessus, aucun doute.
Réponse de Nicolas le 27/03/2008 à 21h07
Un très bon post que je ne découvre que maintenant. J'en retiens deux éléments pour lesquels je ne peux qu'aquiescer : le futile est dans une relation de complémentarité avec l'essentiel et l'émerveillement est la réponse à la blasitude vers laquelle on pencherait plus volontiers!
Commentaire n°13 posté par grenadine le 28/03/2008 à 17h23
Non seulement complémentaire, mais j'affirme même : faisant partie de l'essentiel. Car l'essentiel ne peut se réduire à l'animal. Les animaux eus-mêmes (les chats, par exemple) savent par moments, céder au futile.
Aussi, nous devons être capables d'intégrer le futile dans notre existence. Mais en n'oubliant pas de le laisser à sa place.
Réponse de Nicolas le 28/03/2008 à 17h31
j'aime bien ce texte aussi... Incapable de répondre à ta question ! ;-) Tu as raison, ils sont complémentaires, nécessaires ces deux versants... Heureusement que les deux sont présents dans nos vies ! ;-)
Commentaire n°14 posté par kris le 29/03/2008 à 00h10
C'est pas une heure pour commencer à lire mes oeuvres complètes !
Y'a qu'à en garder pour le jour où il y a rien à la télé.
Après, on va dire que j'empêche les gens de dormir !
Réponse de Nicolas le 29/03/2008 à 00h17
ok d'ac ! Je vais me coucher, mais je reviendrai ! ;-)
Commentaire n°15 posté par kris le 29/03/2008 à 00h43
Bon, d'accord.
Mais à pas à des heures n'importe quoi !
Réponse de Nicolas le 29/03/2008 à 00h50
Rock and roll façon Amy Winehouse ? Alors je prends ! Et toi tu seras mon Michel Onfray. OK ?
Commentaire n°16 posté par BritBrit le 29/03/2008 à 00h59
Marrant, ça : je viens de passer chez toi et j'ai vu les bannières (j'ai pas voté, donc j'y retourne avec ma carte d'électeur).
Ton récit (dont l'apogée se situe à 14h) est bien R&R. Enfin, je trouve.
Onfray ? Jamais lu, mais peu tenté, je t'avoue. Parce que t'aimes bien ce qu'il écrit ?
Réponse de Nicolas le 29/03/2008 à 01h29
Bon et bien me revoilà, (désolée !) en plus je n’ai même pas regardé le programme TV ! Michel Onfray : j'ai beaucoup de plaisir à écouter ses conf de l'Université Populaire... Tiens, du reste, je m’interroge : mais que lit Nicolas ? Quelques conseils de lectures futiles ou au contraire... ? ;-)
Commentaire n°17 posté par kris le 29/03/2008 à 14h53
Il lit en littérature, en ce moment "Les croix de bois" de Dorgelès (récit très humain et très beau style). Sinon, il aime spécialement Céline (tout) et Léo Malet (la série des Nouveaux Mystères de Paris, aventures très bien écrites, humour très fin, et ambiance parisienne des aannées 50-60). Il a aimé lire Bernanos.
Il lit aussi des livres d'histoire (surtout entre les années 30 et 60). Il s'intéresse pas mal à la peinture (reste de ses études). Il accroche pas trop à Gide, Malraux et Dostoievski.
En revanche, à propos de philosophie, il apprécie particulièrement Finkielkraut ("La défaite de la pensée", "L'humanité perdue", "L'ingratitude", etc.).
Pour les trucs spécialement futiles il lit le magazine "Monsieur".
Voilà : il lit plein de trucs !
Pour terminer sur un conseil, il vous orienterait sur Italo Calvino (le tryptique "Le baron perché", "Le vicomte pourfendu", "Le chevalier inexistant"). Ce sont des contes philosophiques écrits moins lourdement que ceux de Voltaire.
Réponse de Nicolas le 29/03/2008 à 17h02
Elle le remercie pour sa réponse. Elle est tout à fait d'accord avec lui pour Italo Calvino qu'elle a eu beaucoup de plaisir à lire, elle n'en dira pas autant pour Céline... Quant à Finkielkraut, elle n'a que "Le nouveau désordre amoureux" écrit avec Pascal Bruckner... Sa liste de bouquins à lire s'allonge donc avec L. Malet, A. Finkielkraut et R. Dorgeles... Elle va certainement faire l'impasse sur "Monsieur", étant une fiillllllllllle, ce serait peut-être "Madame" !
Commentaire n°18 posté par kris le 31/03/2008 à 11h05
On aime ou on n'aime pas Céline. Que ce soit pour son style, je peux l'admettre. Pour d'autres raisons, j'admets moins, mais bon.
QUand vous aurez fini tout ça, je pourrai vous conseiller d'autres titres, puisque je sais que vous êtes une grande lectrice.
Réponse de Nicolas le 31/03/2008 à 11h19
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