Jeudi 21 février 2008
Qui ne les a encore jamais vus,
ces bons français qui montrent leur « sursaut citoyen » à tous les passants, sur les grands boulevards, les lendemains fatigués de vote ? Ce terme de « citoyen » était progressivement tombé en
désuétude depuis l’Empire. Il semble revenir à la mode, faisant ravaler leur salive à ceux qui ne connaissaient que des « sujets », et dont les noms trop longs avaient été raccourcis en Place de
Grève.Mais en quoi consiste cette « désobéissance civile » − on appréciera cet art de l’association improbable proche d’un mariage blanc – géocentrée entre Bastille et République ? Il s’agirait, d’après ce qui ressort du journal télévisé, d’une « vigilance » qu’exercent ceux qui, ayant perdu une élection, veulent déménager la démocratie dans la rue, entre un vendeur de hot-dogs et une rangée de CRS. Dès lors, pourquoi ne pas demander à rejouer une finale perdue de Coupe du Monde de football lors d’un chifoumi improvisé, tant qu’on y est ? Qu’est-ce qui pèse le plus : 1 kg de plumes ou 1 kg de pavés ? Réponse : ça dépend de la main qui les jette.
En apôtres zélés du manichéisme, version politique et agnostique, ils tentent de nous apporter la lumière en faisant brûler des saucisses et des pneus arrosés d’essence. Mais nombre d’entre nous refusent d’ouvrir les yeux – à cause de la fumée, peut-être – devant une réalité qu’ils savent scinder entre yin et yang. Quoi qu’il en soit, ils restent présents, dans les manifestations de rue anisées ou dans leurs blogs engagés, toujours en alerte…
Dormez en paix, braves gens : on veille sur nous.
… J’aime beaucoup ce que vous faites.
Internet a
changé ma vie : il m’a donné une conscience politique ! Car avant, quand le wi-fi n’existait pas et qu’on était encore très bêtes, on ne savait pas pour quel candidat voter, le dimanche,
avant d’aller acheter une baguette et des éclairs au chocolat. Maintenant, il y a internet avec le haut-débit, les balises html, les geeks, le
troll, tout ça. Et il y a surtout les weblogs. Par exemple : le mien. Mais le mien n’est pas un bon exemple, vous saurez pourquoi. Pourquoi ?
Je me suis fait cette réflexion,
tout-à-l’heure, en cirant une paire de chaussures : « Mes lecteurs étant pétris de philosophie autant que de littérature, bien davantage que de mangas ou de jeux vidéos, peut-être trouvent-ils
superfétatoire, voire déplacé, le fait d’agrémenter mes posts (en français : mes billets) par des images d’un intérêt discutable. En effet, ils font partie de cette tranche minoritaire
de la population, qui peut lire autre chose que la notice de montage d’un tabouret en pin fabriqué en Suède. La lecture d’un texte de plus de trois pages n’occasionnant pas chez eux un besoin
immédiat d’aspirine, ils estimeront, sans doute, que ces illustrations à côté de mes textes font ressembler ces derniers à ces feuilles cheap qu’achètent, chaque semaine chez leur
libraire, les curieux en mal de photos volées aux people, sur la plage ou dans leur chambre à coucher ».
Tiens ! Et si je faisais un truc
genre « publi-reportage bénévole » ? J’écrirais une page – photos en gros plan comprises – sur un article qu’on trouve en pharmacie ou parfumerie. Ou encore à propos d’un machin collector
disponible uniquement chez Colette (que celui qui n’y a jamais acheté une paire de Converse Chuck Taylor à 200 euros me jette la première Nike Air Force au visage !).
Ce genre d’information commerciale – malgré l’antinomie évidente entre le nom et l’adjectif épithète pré-cités – est fréquent sur certaines pages de blogs que je consulte quand j’ai
pourtant quelque chose de plus important à faire que de m’abîmer les yeux sur mon écran Hewlett Packard.
« De qui est cette chanson ? »
me demanderont les moins érudits d’entre vous (et ils seront nombreux à le faire ! LOL pour eux !), après avoir découvert le titre de ce billet.
Il
existe chez la plupart d'entre nous, de façon plus ou moins latente, un snobisme inavoué que nous cultivons avec persévérance. Car elle est terminée l'époque de l'adolescence où il nous fallait
avoir le même survêtement (ou robe à smock, pour elles) que le voisin, le même sac à dos, les mêmes chaussures, les mêmes traces d'acnée, la même petite amie, etc. On a quitté, sans regret, cet
âge ingrat et conformiste pour un âge ingrat et narcissique. En effet, on a, dès lors, cherché à se distinguer, à s'extraire du troupeau, à affirmer son style propre (en découvrant le programme
COTON 60°). Ce fut l'heure de la revanche du moi sur le surmoi, revanche que déplora le soi qui se demandait, en fin de compte, pourquoi il n'était pas resté chez
lui. Et le snobisme dans tout ça ?